Intimidation

Vous souvenez-vous de l’époque où vous fréquentiez l’école secondaire? Pour certains, c’était la belle époque des premières copines et la liberté de sa première voiture. Nous avions tous nos «gangs de chums», c’était notre équipe, notre deuxième famille. Pour d’autres, l’école secondaire rimait avec intimidation, rejet et persécution.

Je me souviens encore de l’époque, du haut de mes vingt-neuf ans bien comptés, pour moi ce fût une époque agréable et remplie de bons souvenirs. Toutefois, je me souviens encore de ce vieil ami que j’avais à l’époque et que j’ai perdu de vue avec le temps; appelons-le Fred pour le respect de sa vie privée.

Fred, c’était vraiment quelqu’un de bien, vous savez ces amis sur qui on peut se fier peu importe les situations que la vie nous réserve, Fred en était l’incarnation. Avec le recul, j’avoue qu’il me manque de temps à autre. Toutefois, mon ami avait beaucoup de mal à s’intégrer et il vivait beaucoup de rejet, ce qui était loin d’être mon cas, enfin, la plupart du temps. Pourquoi se faisait-il intimider me demanderez-vous? Pourquoi se faisait-il rejeter par les autres étudiants enchainerez-vous? Parce qu’il était différent, et la différence, ça dérange énormément.

Pourtant, aujourd’hui à l’âge adulte, nous trouvons tous très normal d’être différent, d’être nous-mêmes, d’être unique. C’est tout de même un drôle de phénomène vous ne trouvez pas? Regardez-les, ces jeunes de l’école secondaire qui font tous pour se rendre uniques avec leurs cheveux de toutes les couleurs, leurs pantalons trop serrés ou tellement grands que leur ceinture entreprend une relation d’amitié avec leurs rotules… Pourtant, ils se regroupent, et forment des micros sociétés, où l’ont retrouvent plusieurs points communs entre les individus. Comme si l’humain, même à travers son unicité, à ce besoin d’être accueilli par d’autres individus. Nous voulons être uniques, différents, mais à la fois faire partie d’un groupe ou nous partageons des points communs. C’est fascinant.

Revenons à Fred. Mon ami était quelque peu efféminé et il se posait des questions sur son orientation sexuelle. Vous vous doutez bien du genre d’insultes et d’intimidation auquel il faisait régulièrement face, ce n’était pas de tout repos. À l’époque, l’intimidation, ça ne faisait pas les manchettes, ça faisait plutôt les fourchettes si vous me permettez l’expression, nous en discutions à table et c’est tout. Je me rappelle les discours de ma mère me disant que je devais ignorer les persécutions et ceux de mon père me disant que je devais combattre le feu par le feu. J’ai bien tenté de suivre les deux discours, me battant avec ceux qui osaient s’en prendre à mon ami et d’autres fois ignorant ces derniers en me répétant qu’ils ne valaient pas la peine que je gaspille mon énergie. Le problème ne s’est jamais vraiment résorbé…

La réalité, c’est que l’intimidation est un problème auquel les écoles doivent faire face et il est bien réel. En parler et en faire la prévention, c’est un pas dans la bonne direction, mais nous pouvons certainement faire plus lorsque nous nous trouvons aux premières lignes. Ignorer le problème ou ne pas s’en charger, ce serait le léguer entre les mains des étudiants. Il faut donc que les enseignants et tout le personnel soient prêts à y investir un peu de temps et d’énergie.

Pour ma part, je suis très près de mes étudiants, autant en classe qu’en dehors de celle-ci. J’ai souvent eu à intervenir, à mentionner qu’il n’y avait guère de place à ce genre de comportement en ma présence. Non, la vie n’est pas juste et équitable avec tout le monde, mais sommes-nous dans l’obligation d’appuyer sur le crayon lorsque celle-ci décide d’écrire la recette qui nous compose?

Nous avons bien évidemment vieilli, Fred a fini par «sortir du garde-robe» et s’assumer tel qu’il était. Aujourd’hui il vit bien, du moins j’aime le croire, mais je sais bien qu’il vit avec des cicatrices relativement importantes. Bien que ces cicatrices fassent de lui ce qu’il est aujourd’hui, il doit tout de même composer avec elles chaque jour. Somme toute, j’imagine que l’on pourrait dire que Fred s’en est bien sortie, j’ai beaucoup d’admiration pour lui, il a dû développer une force tout à fait incroyable pour devenir l’homme qui l’est aujourd’hui.

Aucun enfant ne naît avec l’envie d’être méchant ou d’intimider selon la psychanalyste Claude Halmos, tout est une question d’éducation, d’une part par les parents et de l’autre de sa maison d’éducation, son école. Toujours selon docteur Halmos, l’enfant ou le jeune, doit non seulement apprendre à ne pas transgresser certaines règles pour son bien-être et celui des autres, mais en plus à comprendre pourquoi elles ont été misent en place. Il ne suffit donc pas de sanctionner l’élève qui intimide, il faut lui expliquer pourquoi nous ne tolérons pas ce type de comportement en société.

Est-il possible d’enrayer l’intimidation de nos écoles, de nos lieux de travail, de nos vies? Je ne crois pas. Il est certes possible d’en contenir le fléau en agissant toutefois. Apprendre à nos jeunes et à nos enfants qu’ils sont importants , c’est leur apprendre à trouver les autres importants.

Le prof.

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