Éléonore

Alors que le soleil réchauffait la peau foncée du jeune Noah qui courait dans les hautes herbes de sa campagne, on apercevait ici et là, les jeunes enfants d’une flore effervescente qui poussait au doux rythme des battements de cœur du gamin. C’est vrai que Noah n’était pas un jeune garçon comme les autres, la relation d’amour qu’il entretenait avec la Terre était digne du plus beau des romans à l’eau de rose.

Du haut de ses quinze années, Noah chérissait surtout les fleurs qu’il aimait cultiver depuis sa tendre enfance. Son père, qui lui aussi partageait la même passion, lui avait toujours enseigné comment prendre soin de chacune d’elle, comment leur parler et comment les chérir depuis la cour arrière de leur maison campagnarde. Les tulipes et les oiseaux du paradis en passant par les lys et les orchidées, Noah savait tout sur chacune d’elle. Il les trouvait si belles. Il en prenait soin comme s’il s’agissait de la prunelle de ses beaux yeux marron. Toutefois, d’entre toutes les fleurs qu’il avait pu voir dans sa jeune vie, il en aimait une en particulier ; une rose.

Ce n’était, toutefois pas n’importe quelle rose, Noah l’avait trouvé à la lisière de la forêt alors qu’il gambadait dans les hautes herbes de sa campagne. L’immense rosier dans lequel celle-ci prenait place était encore plus grand que Noah. Pourtant, de cet immense bosquet, une seule rose rouge prenait place. Cette dernière semblait figée dans le temps. Alors que, jour après jour, Noah revenait voir cette rose, cette dernière ne fanait jamais et semblait éternelle. Ses pétales à demi ouverts et à demi fermés, elle restait bien droite à savourer les ombrages et les lumières de la forêt. Chaque jour, le jeune garçon revenait voir sa fleur préférée, il lui parlait et lui racontait ses journées, il l’avait même baptisée : Éléonore. Ce qu’il pouvait aimer sa Éléonore ce Noah. Les jours, puis les semaines et les années passèrent alors qu’Éléonore ne fanait jamais. Qu’est-ce que cette fleur pouvait bien avoir de particulier pour résister à toutes les météos ?

Alors que Noah partait de la maison avec une pelle en main, son père, curieux de voir son fils quitter la maison de la sorte, le suivit jusqu’à la lisière de la forêt. Alors que son fils était sur le point de donner son premier coup de pelle, son père apparut et s’exclama : « Arrête ! » Abasourdi par ce qu’il voyait, il demanda à Noah : « Mais que fais-tu, fiston ? » Noah, surpris et à la fois excité de voir son paternel à cet endroit répondit à son père : « Regarde papa, c’est Éléonore, la plus magnifique des fleurs que j’ai pu trouver dans ma vie. Elle a résisté à tous les hivers, à toutes les tempêtes, je l’aime tant, je vais l’amener à la maison pour qu’à tout jamais je puisse prendre soin d’elle. »

L’homme d’une cinquantaine d’années s’approcha de son fils et déposa délicatement sa main sur l’épaule de celui-ci.  « Fiston, aimes-tu réellement cette belle rose ? » que le père demanda à Noah. « Oh oui, papa, je l’adore. » que ce dernier lui répondit. « Alors tu dois la laisser vivre ici. Tu vois fiston ; le véritable amour ne vient pas de la possession, mais de l’acceptation de ce qui est, simplement. Aimer, dans son sens le plus pur, c’est apprécier ce qui vient et laisser partir ce qui va, sans en modifier la nature. » Déçu de ne pas pouvoir emporter Éléonore, Noah ne revint plus. La douleur liée au fait de ne pas pouvoir la posséder était trop forte pour son cœur.

Bien des années plus tard, alors que Noah était devenu un nouveau trentenaire, les regrets trouvèrent chemin jusqu’à lui. « Peut-être qu’Éléonore est toujours là » se disait-il. La curiosité se changea en envie, puis l’envie en obsession. Assez, qu’un jour Noah céda à ses pulsions et prit la route de campagne qui menait à la lisière de la forêt. Malheureusement, à son arrivée, le jeune homme n’a pu que constater que les arbres s’étaient changés en maison et les sentiers pédestres en route asphaltée. Ébranlées par ce qu’il voyait, des larmes s’échappèrent de ses yeux légèrement bridés.

Émue de ce qu’elle voyait, une femme qui passait par là s’arrêta pour demander au jeune homme ce qui pouvait bien le mettre dans un tel état. Noah lui répondit qu’il avait connu son premier amour ici et qu’il aurait espéré la retrouver en revenant à l’endroit où tout avait commencé. « Peut-être que pourrais-tu me raconter cette histoire, cela te ferait sans doute du bien » qu’elle lui lança. Puis elle ajouta : « Laisse-moi d’abord me présenter : je m’appelle Élélonore… »

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