Une histoire d’amour propre

Ça m’a toujours fait sourire d’entendre mes collègues enseignants parler de discipline. Avouez-le, lorsqu’on entend ce mot, « discipline », on pense immédiatement aux pires scénarios imaginables. On s’imagine devoir gérer un élève complètement hors de contrôle ou en train de devoir s’expliquer avec des parents au sujet d’une crise quelconque. Pourtant, la discipline n’a jamais été synonyme de processus négatif. En fait, en ce qui me concerne, je préfère dire que j’enseigne la discipline et non pas que je fais « de la discipline » en classe.

Peut-être trouverez-vous la nuance très subtile, mais à mes yeux, celle-ci est flagrante. J’aime beaucoup mieux percevoir la discipline comme un état d’esprit qui s’enseigne que comme une série d’actions punitives ou conséquentes. Une fois acquise par l’élève, la discipline se transforme en autodiscipline, et quelqu’un d’autodiscipliné est forcément quelqu’un qui s’aime suffisamment pour se mettre en branle, pour se mettre en action. L’autodiscipline est quelque chose que je prône beaucoup. Elle nécessite une force de caractère, une autonomie bien développée et un amour propre. J’essaie, autant que possible, d’apprendre à mes élèves à s’aimer suffisamment pour faire des choix qui représentent un investissement en leur propre personne, investissement qui leur rapportera un respect envers eux-mêmes à long terme.

J’ai l’air de divaguer ? D’envoyer des mots vides en l’air ? Prenons deux élèves qui jasent beaucoup en classe. La plupart des enseignants, moi compris, auront tendance à avertir une fois, puis deux. Nous nous déplacerons près de ces deux élèves tout en continuant nos explications. Ces signaux que nous lançons, de façon non verbale, seront pour la plupart du temps saisis par les élèves qui dérangent, mais ils ne provoquent aucun questionnement, aucune remise en question chez l’élève. Voilà ce que je propose : amenons l’élève à se questionner sur la pertinence de ses comportements en fonction de ses objectifs. Bon, évidemment, cela demande un certain degré de maturité; un enfant du préscolaire aurait beaucoup de difficulté à se poser ce genre de question. Cependant, un élève un peu plus âgé sera probablement en mesure de vous énumérer ses objectifs personnels et scolaires. De là, je peux vous assurer qu’il n’existe aucun objectif qui puisse s’atteindre sans travail, sans effort, sans autodiscipline. Le vrai succès n’existe pas sans un minimum d’amour propre.

Lorsque je parle d’autodiscipline à mes élèves, je leur parle souvent de mes courses à pied. À l’heure actuelle, je participe à des demi-marathons et même à des duathlons. Je ne saurais dire combien de fois mon sofa me semblait une option beaucoup plus attirante qu’un entrainement. Je ne serais pas non plus en mesure de vous dire combien de fois j’ai refusé certaines sorties parce que je devais m’entrainer le lendemain matin afin d’améliorer mes performances. Pourquoi faire ces sacrifices ? Parce que je m’aime suffisamment pour prendre soin de moi et pour réaliser des défis de cette ampleur.

Alors ? Ces deux élèves ? Quels sont leurs objectifs scolaires ? Quels sont leurs objectifs personnels ? Veulent-ils les atteindre ? Veulent-ils vraiment les atteindre ?

La ligne de départ est tracée, je peux courir à leurs côtés, mais je ne peux finir la course du succès à leur place.

Le prof.

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